Le pêle-mêle de Michouette

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Ruy Blas : Théâtre Mouffetard jusqu'au 10 mars



Ruy Blas, Drame de Victor Hugo, Mise en scène de William Mesguish Troupe du Théâtre de l'étreinte

alchimie Mesguishienne ...
Ce siècle avait 7 ans. Une pluie fine, continue, persévérante. La nuit est tombée. Mes pas résonnent sur les pavés luisants. Une jolie place, de l’eau qui ruisselle le long d’une fontaine. Une rue en pente douce, les bruits du boulevard s’estompent peu à peu. De sombre, la rue soudain se veut lumineuse, éblouissante. La ruelle mue : de calme, voluptueuse, la rue devient racoleuse. Ici tout est clinquant : les vitrines explosent de paillettes, de couleurs criardes : étoffes, fausses pierres…

Les portes entrouvertes des restaurants laissent échapper des odeurs racoleuses. Les menus pour touristes dégoulinent de leurs présentoirs. Ambiance de plomb.

Un néon lumineux rouge indique « THEATRE ». Une cour, une volée de marche. La salle bruisse du va et vient des spectateurs et des ouvreuses. Le traditionnel velours rouge a laissé place à un délicat voile transparent qui laisse entrevoir la scène.

Noir, silence et viennent s’incruster délicatement en habit de lumière ces quelques lettres : RUY BLAS. Don Salluste entre en scène.

Là pendant cinq actes et en vers, vous êtes transporté, happé par ce drame que vous croyiez connaître. Par quoi commencer ? Une véritable tempête sous un crâne. Un texte réjouissant. Vous souveniez-vous :
le vers de terre amoureux d’une étoile,
Ce misérable fou qui porte avec effroi sous l'habit d'un valet les passions d'un roi !,
Je suis plus que le roi puisque la reine m'aime !
et Hercule rime avec ridicule.

Quelle mise en scène ambitieuse, des costumes riches, travaillés, inventifs. Un décor minutieux. Des éclairages judicieux. Et cette musique pertinente qui vient souligner par instant cette pièce puissante. Des acteurs tour à tour émouvants, effrayants, drôles, toujours justes. Des déplacements maîtrisés, précis. Une mise en scène inventive à la hauteur du grand Victor. Ah, le grand Victor Hugo, quel plaisir de le voir traduit de si heureuse façon !

Les pièces classiques vous effrayent, évoquent des heures interminables en classe à essayer de décortiquer les vers de Shakespeare, Racine, Molière, Corneille, Hugo sous la houlette de professeurs parfois maladroits ? Alors, comme Don Salluste, VENGEZ-VOUS : offrez-vous un moment hors du temps et du lieu. Partez à la cour d'Espagne. Laissez-vous impressionnez par Don Salluste au regard inquiétant. Ne vous lassez pas d’admirer le changement de personnalité tout en nuance, en posture, en intonations de Ruy Blas qui de valet devient grand d'Espagne. Laissez-vous émouvoir par l’admirable reine : belle, émouvante, jamais lassante. Laissez vous porter par l’énergie de Don César. Laissez-vous irriter par la Duègne, réjouir par la prestation de Don Guritan et sa jambe peu docile.
Y a t il des seconds rôles ? Les acteurs qui investissent ces rôles ne le savent pas. Bravo à tous les neuf !
C’est du grand théâtre : délicat et fort, ambitieux mais non élitiste.
Je sors du théâtre, la rue de plomb s’est transformée en or.
Subjuguée précédemment par la pièce de William Shakespeare « Comme il vous plaira », je confirme : cette troupe transforme tout ce qu’elle touche en or.
Monsieur William Mesguish, votre troupe porte bien son nom : le Théâtre-étreinte: vos spectacles nous étreignent le coeur et la raison.

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Commentaires

1. Le dimanche 4 mars 2007 à 23:32, par Michele

Alors, nous sommes sorties comme toi emballées, j’y étais allée avec 2 copines et nous avons toutes les 3 passé un très très bon moment. Le temps avait d’ailleurs passé trop vite, on est emporté par cette pièce pleine de fougue. L’histoire est poignante, à la fin c’est même dur d’applaudir tant on est encore sous le coup de l’émotion. Victor Hugo écrit bien, l’histoire est bien ficelée, ses alexandrins coulent aussi librement que de la prose.
La mise en scène a beaucoup de qualités, en particulier son rythme, des scènes amusantes, inquiétantes, émouvantes, et des personnages lisibles (on ne risque pas de les confondre), on sait clairement qui est qui, et comme tu le dis, il n’y a pas de personnage secondaire, tous les rôles sont de 1er plan.

Mon bémol, j’ai trouvé que l’effet se dissout vite peut-être parce que l’accent a plus été mis sur la forme que sur le fond, plus sur le rythme que sur la profondeur du propos : la corruption, l’insouciance des grands opposées à l’héroïsme, la sincérité des autres.

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Aussi ne crains pas d'être lent, crains seulement d'être à l'arrêt.